Colloque AFAE 2008 École et collectivités territoriales : nouveaux enjeux, nouveaux défis
Atelier n° 8 : Décentralisation et formation professionnelle
La question a plusieurs facettes qui seront explorées à partir des actions menées en Basse-Normandie. Elles ne sont ni exemplaires ni modélisantes. Les spécificités régionales, les modes de pilotage mis en place par les régions comme la nature des relations avec le rectorat changent fondamentalement les modes de définition et la mise en oeuvre du PRDFP.
La Basse-Normandie est une région à forte dominante rurale, caractérisée par l’attractive de l’agglomération capitale (Caen) et dans une moindre mesure par le bassin de Cherbourg qui bénéficient d’un flux migratoire important au détriment des zones rurales. Une industrie moderne est installée dans ces deux bassins. Elle mobilise des sous-traitants dans toute la région. L’agriculture, l’agro-alimentaire, le tourisme et les services du secteur sanitaire et social sont des activités majeures. De nombreux retraités s’installent dans la région qui voit partir ses jeunes diplômés. La Basse-Normandie importe des cadres tout en connaissant un taux de chômage des jeunes systématiquement supérieur de deux points à la moyenne nationale. Les taux de sortie sans qualification sont élevés.
Préoccupée de l’équilibre entre les zones rurales et urbaines, la région Basse-Normandie a choisi une approche territoriale pour le travail sur le PRDFP. Planifier la formation professionnelle c’est nécessairement prendre en compte la relation formation-emploi. Un diagnostic des emplois et des formations par territoire a été construit dans une opération baptisée « Voix publiques ». La démarche se veut participative et associe au maximum les acteurs du territoire. Le rectorat reste dans cette approche le principal partenaire de la région. Il faut remarquer qu’il est loin d’être le seul, en particulier pour l’apprentissage ou le secteur sanitaire et social. La méthode participative donne la parole à tous, pas nécessairement en proportion de leurs poids dans la formation professionnelle. Enfin, si le travail sur le PRDFP est annoncé suivant les quatre voies d’accès au diplôme (formation sous statut scolaire, apprentissage, formation continue et VAE), la réflexion aujourd’hui porte et agit essentiellement sur les deux premières. Dans une négociation avec le rectorat, l’espace géographique de la région a été découpé en quatre zones de travail où les organismes de formation échangent entre eux. Elles sont toujours animées par des proviseurs de lycées publics. Ce découpage regroupe des bassins d’emploi mais n’est en cohérence avec aucune autre organisation administrative (département) ou de l’Éducation nationale (GRETA, bassin d’éducation), ce qui complique la tâche de certains proviseurs. D’autre part, l’échelle unique choisie pour ces « zones PRDFP » montre ses limites en fonction de la mobilité potentielle des élèves concernés ou de la rareté des sections envisagées. La construction du PRDFP est de la responsabilité de la région, mais le rectorat reste gestionnaire des moyens enseignant affectés. C’est donc d’une co-construction dont il faut parler. Le rectorat veille également à la mutualisation entre les EPLE, autonomes et inscrits dans un réseau académique. A partir du diagnostic, le PRDFP se construit d’abord par des échanges entre les organismes de formation, dont les EPLE. Elle passe par des négociations entre la région et le rectorat et aboutit au vote par l’assemblée régionale. S’agissant d’un plan, il est écrit en décisions pour la rentrée prochaine et en perspectives pour les années suivantes. Il peut toutefois être remis en cause par des évolutions rapides du contexte. Le passage en trois ans de nombreuses sections du baccalauréat professionnel en est un exemple d’actualité. Si les axes principaux d’évolution sont partagés entre les services de l’État et la collectivité (optimisation des moyens matériels et humains, éviter l’éparpillement, lycées des métiers, mixité des publics), la préoccupation des élus régionaux de maintenir une offre de formation conséquente dans les petits lycées des communes rurales peut amener à des compromis dans l’application de ces axes. De même le volet STS du PRDFP doit prendre en compte la carte des DUT. Un travail commun est entamé en ce sens dans le cadre de la commission post-baccalauréat préconisée par le rapport Hetzel.
Qu’il s’agisse d’ouverture, d’adaptation ou de fermeture de section, la notion même de planification inscrite dans le PRDFP facilite la vie des établissements. En effet, sans nier les écueils à contourner, la visibilité à moyen terme permet que, dans une démarche impliquant les EPLE, les locaux soient adaptés, les matériels disponibles et les personnels affectés, formés ou reconvertis lorsque la décision s’applique. Si les aspects techniques en sont simplifiés, la relation avec la région n’en est pas pour autant facilitée car cette dernière, investissant beaucoup (PRDFP certes mais également TOS) demande un retour de son investissement et un droit de regard sur ce qui se passe dans le lycée, à la frontière des compétences de l’État et de la région.
Deux aspects remarquables peuvent être notés sur la question de l’orientation. Le premier concerne la nature même de l’offre de formation construite dans le PRDFP. Partant d’un diagnostic sur les besoins de formation en lien avec l’activité économique (la région est également en charge du schéma régional de développement économique), le PRDFP passe d’une logique d’offre à une logique de réponse. L’orientation vers des filières porteuses d’emploi devrait s’en trouver facilitée. Plusieurs bémols doivent être mis à cette idéalité. Premier bémol, l’inertie du système qui amène à maintenir des formations car l’on ne sait pas les transformer rapidement. Second bémol, le choix même des élèves. Il peut être espéré que la DP3 (95% des collèges de l’académie la proposent), l’aide à l’orientation en première et terminale, l’orientation active ou le portail unique d’inscription post-baccalauréat amélioreront à terme cette situation. Autre bémol, la constante de temps et la lisibilité du marché de l’emploi à moyen terme. Entre l’inscription d’une formation au PRDFP et la sortie de la première promotion, il s’écoule de trois à quatre ans. Dernier bémol enfin, les jeux d’acteurs. Dans une région marquée par une offre trop importante au niveau V (BEP-CAP), l’essentiel des demandes d’ouverture portent encore sur ce niveau car il est celui où le plus grand nombre d’établissements ou de structures peuvent répondre. Autre exemple : l’affirmation par telle fédération patronale d’un fort besoin dans un métier se verra infirmée dès lors qu’il n’est pas envisagé d’installer une section dans le CFA de cette même fédération. S’agissant d’orientation, le deuxième point remarquable tient dans une expérience menée conjointement par la région et le rectorat depuis deux ans en Basse-Normandie. Il s’agit dans la lutte contre le décrochage scolaire de mutualiser les informations des lycées, des organismes de formation, des CIO, des missions locales et PAIO afin de suivre dans un bassin donné les jeunes (au sens formation professionnelle du terme : 16-26 ans) pour traiter en amont tout signe de décrochage et coordonner en aval les actions du retour au lycée ou en formation.
Les régions et les rectorats définissent chemin faisant des méthodes de travail sur le PRDFP. Si ce dernier est de la compétence de la région, il faut plus parler aujourd’hui de co-construction bien que des interpénétrations puissent exister aux marches des compétences de l’un et l’autre. Le PRDFP met en évidence que les EPLE sont en concurrence avec d’autres organismes de formation. Un PRDFP suppose des compromis car les regards des élus d’un territoire ne sont nécessairement pas ceux des fonctionnaires de l’État. Le PRDFP devrait à terme permettre une meilleure adéquation emploi-formation à condition que les structures sachent évoluer et que les choix des élèves et de leurs familles s’inscrivent aussi dans cette analyse. Il faut souhaiter que les régions, les rectorats et les EPLE sauront clarifier les lignes de partage et proposer ensemble des réponses à la Nation.
Paul Quénet DAFCO Caen