Monsieur,
j’ai beaucoup apprécié votre texte et particulièrement le fait que vous vous avez introduit la notion de légitimité pédagogique du chef d’établissement.
Il y a une douzaine d’année, lorsque j’ai passé le concours, un membre du jury m’a posé la question suivante "quelle est votre plus grande crainte dans la fonction de chef d’établissement ? ". Il a été très surpris par ma réponse spontanée : "être légitime". Pour lui, une telle angoisse ne pouvait pas se concevoir puisqu’à l’issue du concours, nommé sur un poste, je devenais, ipso facto légitime...
Cependant la réalité est bien différente et heureusement. Tout chef d’établissement est jugé sur sa capacité à organiser la vie quotidienne (délégations et contrôle des responsabilités, emploi du temps, gestions des sanctions,...), à gérer les grands rendez-vous institutionnels (installation du CA, Budget, Dotation,...)voire à lancer une politique de développement de l’établissement (création de sections, constructions de nouveaux locaux avec la collectivité de rattachement,...). Cette légitimité de base, c’est la reconnaissance de la capacité professionnelle. Par delà le statut, elle confère au chef d’établissement le sentiment qu’il est l’homme de la situation.
Toutefois, votre article va encore plus loin en suggérant que le chef d’établissement peut intervenir au cœur même de la pédagogie en conduisant les changements dans les pratiques professionnelles des professeurs. Si j’adhère totalement à votre point de vue, puisqu’il déroule ce que doit être la finalité d’une "direction", je souhaite attirer votre attention sur deux points particuliers, obstacles important à la réalisation de votre scénario idéal.
Le chef d’établissement est pour l’instant encore, un personnel issu de l’enseignement et donc d’un corps particulier de personnel. Agrégé, certifié, PLP, CPE ou professeur des écoles, il reste, pour l’ensemble des professeurs de l’établissement qu’il est amené à diriger, marqué par son corps d’origine. Un PLP à la tête d’un Lycée de centre ville, un agrégé pilotant un LP ou un professeur des écoles dirigeant un collège, demande au titulaire du poste un apprentissage très fort de la "culture professionnelle" de l’équipe qui l’accueille. C’est cette capacité à prendre en compte les spécificités de l’établissement et de ses personnels qui conditionnera sa légitimité. C’est une difficulté mais relativement facilement aplanie par la curiosité d’esprit de gens qui souhaitent changer de carrière et contournée par le fait que la stabilité est limitée à 9 ans par poste.
La difficulté la plus importante réside dans le fait et vous le soulignez parfaitement, que le chef d’établissement doit agir de concert avec les IPR des disciplines.
L’enseignant vit totalement sa double évaluation : administrative d’une part et pédagogique d’autre part. Même si la constitution d’un emploi du temps et particulièrement la possibilité d’organiser des barrettes, est un acte hautement pédagogique, ce qu’il fait dans sa classe ne peut-être "légitimement" qu’évalué par son inspecteur.
Alors effectivement comme vous le soulignez, il faut que très rapidement, IPR et Chef d’établissement prennent l’habitude de travailler ensemble et pas seulement lors des quelques semaines de formation initiale. Un IPR référent par établissement me semble être une piste à développer, à condition toutefois que ce dernier puisse trouver la disponibilité nécessaire parmi les nombreuses charges qui lui incombent, pour travailler de manière régulière au sein de l’établissement et ainsi prendre le temps de constituer un tandem avec le chef d’établissement.