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Regard sur un dispositif autour du lire et écrire

Damien NEANNE

C’est à travers la réalisation d’une étude de master professionnel Administration des Établissements Éducatifs visant à évaluer le fonctionnement du dispositif BCD (Bibliothèque Centre Documentaire) lyonnais qu’il nous à été donné de réfléchir sur ce dispositif plutôt original dans le paysage éducatif français. Quels en sont ses principes, ses objectifs, son mode de fonctionnement ? Comment est-il perçu par les acteurs dont les parents et quelles perspectives envisager ?

par AFAE (10/10/2010)

Le dispositif BCD

Depuis plus de 20 ans la direction de l’éducation de la ville de Lyon gère le dispositif BCD, action qui permet à toutes les écoles primaires de la ville en faisant la demande de bénéficier de l’intervention d’un étudiant de l’Université de Lyon 2 au sein de leur Bibliothèque Centre Documentaire, espace culturel qui prent la forme d’un mini CDI. Si de tels lieux sont actuellement aménagés dans de nombreuses écoles en France, le dispositif particulier mis en place par la ville de Lyon, fait lui, figure d’exception.

Conçu et développé en partenariat par la ville de Lyon, l’Inspection d’académie du Rhône et le SIMEF (Service Interdisciplinaire des Métiers de l’Éducation et de la Formation [1]), ce dispositif a été créé dans le but de lutter contre l’échec scolaire et de motiver les apprentissages.

D’un point de vue pragmatique, il s’agit de proposer aux enfants des activités autour du lire-écrire dans un cadre ludique afin de favoriser l’apprentissage au sein des écoles maternelles et /ou élémentaires de la ville de Lyon et de quelques communes du Grand Lyon (Caluire, Sathonay Village et Ecully). C’est sur le principe de “gratuité” que repose ce projet, le simple plaisir d’ouvrir n’importe quel livre, de le lire partiellement ou complètement et de n’avoir aucune contrainte, aucun compte à rendre sur ses lectures à quiconque si le besoin ne s’en fait pas ressentir. Pas de notes sur les activités réalisées dans le cadre de l’activité BCD, pas de jugements sur le choix des lectures, autrement dit l’enfant doit pouvoir bénéficier de temps où la liberté lui est donnée de prendre un livre, une BD, ou un quelconque document lui faisant envie, sans notion de niveau scolaire dans sa lecture. Aussi, ce contact particulier avec l’objet livre est renforcé par la présence d’une personne ressource, un acteur en phase avec les notions éducatives et évoluant à part du cadre scolaire de l’enfant.

Ce sont des étudiants engagés dans les modules de “pré-professionnalisation” aux métiers de l’éducation (pratiques éducatives) qui remplissent ce rôle, sous la forme d’un stage effectué dans les écoles participantes (soit 190 sur l’année scolaire 2009/2010). A raison de huit heures par semaine en moyenne, ils interviennent dans le cadre des Bibliothèques Centres Documentaires où ils assument diverses tâches (activités avec les enfants, tri et rangement des livres...) pour lesquelles ils ont bénéficié d’une formation réalisée par le SIMEF sur le mois de septembre. La ville de Lyon leur verse une indemnité de stage en fonction du nombre d’heures effectuées. Auparavant, suite à deux années de participation les étudiants pouvaient bénéficier de points supplémentaires pour intégrer l’IUFM de Lyon. Parallèlement aux tâches auxquelles ils prennent part au coeur de l’école, ils participent à un groupe de suivi BCD, validé par l’UE Libre “Pratiques Éducatives” en deuxième année de licence [2].

On s’aperçoit aisément que ce système favorise un apport mutuel : l’étudiant offre ses services et son engagement et reçoit en échange plus qu’un dédommagement puisqu’il peut partager une expérience sans équivalent avec les enfants, le monde des livres et le domaine scolaire. Mais il n’y a pas que l’AtBCD (assistants techniques des BCD) qui est bénéficiaire dans ce schéma. Les enseignants y trouvent un avantage certain, celui de pouvoir scinder leur classe durant le temps BCD afin d’axer leur travail sur d’autres modules (anglais, informatique, soutien…) Le BCD permet aussi la présence d’intervenants extérieurs et notamment de parents d’élèves souhaitant s’investir dans l’école. Les directeurs voient ainsi une dynamique nouvelle habiter l’école et le lieu BCD.

On pourrait alors présenter le dispositif BCD comme un travail de coopération entre acteurs (AtBCD, enseignants et directeurs) au service de l’enfant et au bénéfice de l’ensemble de la communauté scolaire. Le propos n’est pas ici d’offrir un plébiscite à ce dispositif, mais de définir celui-ci tel qu’il a été conçu.

La nécessité d’une évaluation

Depuis sa mise en place en 1996 [3], aucune étude prenant en compte tous les acteurs et les aspects qualitatifs n’avait été menée laissant ainsi naître des interrogations quant à son fonctionnement effectif [4]. C’est la raison pour laquelle les partenaires institutionnels décidèrent de réaliser une évaluation de fonctionnement du dispositif BCD. Plus clairement, nous allions devoir rencontrer un panel d’acteurs (10 AtBCD, 10 enseignants, 10 directeurs) et mettre en place une batterie d’outils dans le but de répondre à la question principale : le dispositif répond-il encore aux objectifs préalablement imaginés ? Cette question se divise en une variété de points et de thèmes bien trop importante pour que nous puissions tous les évoquer dans ces lignes, c’est pourquoi nous nous pencherons simplement sur quelques éléments assez significatifs afin d’offrir une synthèse accessible.

L’évaluation du fonctionnement et de la pertinence du dispositif a été pensée à travers quatre points que sont : le respect et l’intérêt voués au projet pédagogique et aux prérogatives du dispositif, l’articulation scolaire et périscolaire, les rôles et missions des acteurs principaux et la connaissance du dispositif BCD par les parents d’élèves.

A travers l’analyse des entretiens, nous pouvons considérer que le premier point est assimilé par les acteurs, les actions réalisées sont bien conformes à ce qui est attendu par la mission PEL (Projet Educatif Local) de la ville. Les trois points suivants, eux, ne nous permettent pas d’êtres aussi catégoriques. Nous avons pu remarquer que l’utilisation du BCD fait apparaître des dysfonctionnements, notamment aux niveaux de la répartition des tâches entre les acteurs, de la réalisation d’ateliers sur le temps périscolaire, et de la connaissance de ce dispositif par les parents d’élèves. Le fonctionnement est donc effectif mais des points sont à améliorer, en particulier la communication, qu’elle soit interne (équipes éducatives) ou externe (parents).

En ce sens nous avons donc initié un travail de réflexion au sein de la mission PEL. Les principales préconisations qui en ont émergées sont :
- La mise à jour du contrat d’objectifs et de moyens contenant les principes du dispositif BCD car c’est dans ce cadre qu’une évolution est possible et qu’une réelle clarté sur les règles à respecter pourra être réalisée.
- Un important travail de communication sous toutes ses formes est à mettre en place, notamment dans l’idée de clarifier les missions de chacun des acteurs.
- Réinterroger les partenaires institutionnels et recréer une dynamique autour du dispositif en lançant un groupe de travail chargé d’émettre des préconisations et de réfléchir à la mise en place d’un document officiel régissant des règles de fonctionnement précises et détaillées et d’inclure à leur recherche la notion de transparence qui fait actuellement défaut.
- Aboutir à l’élaboration d’une charte définissant l’ensemble du dispositif, ses cadres de travail, ses modalités d’accès et bénéficiant d’une labellisation paraît être l’avenir du dispositif BCD et la suite logique du travail que nous avons effectué.

Le point de vue des parents

La question des parents à fait l’objet d’une enquête à part entière dans notre étude. Vingt-cinq parents ont été interrogés sur leur connaissance de l’existence du dispositif et de ses rouages.

Sur vingt cinq parents interrogés quatorze ont “déjà entendu parler” du dispositif, par ailleurs ils sont autant à s’en dire “satisfaits”. Ils ne sont plus que neuf parmi les quatorze à pouvoir citer au moins une activité proposée au sein du dispositif BCD, trois à savoir qui le finance, deux à être intéressés pour participer au dispositif et un parent est déjà inscrit dans le dispositif et apporte son aide ponctuellement. Ces chiffres parlent d’eux mêmes, les parents d’élèves n’ont pas une connaissance significative du BCD ni, toujours d’après ces données, la volonté de s’engager dans l’école par le biais de celui-ci.

De nombreuses actions via divers programmes sont présentes au sein des écoles et il est envisageable que les parents ne soient pas au courant de tout. Il est malgré tout dommage que les parents n’aient pas été intéressés à ce dispositif singulier. L’information ne leur parvient-elle pas ? Vont-ils eux mêmes la chercher ? Qui, des parents ou de l’école, est la cause de cette méconnaissance ? Dans un travail d’évaluation tel que le nôtre, il ne s’agit pas de juger ou mesurer une responsabilité dans la faute mais de chercher directement une amélioration de l’action. Des pistes de travail visant à multiplier les supports de communication au niveau des écoles ont été imaginées et des efforts de promotion du dispositif ont été suggérés aux partenaires institutionnels (campagne d’information). L’avenir nous dira ce qui a été retenu.

Conclusion

Chacun doit donc agir pour le bien des enfants car lire et écrire sont, à notre avis, les principaux piliers de l’évolution et de l’épanouissement de l’adulte en devenir. Sans parti pris aucun nous pensons réellement que le BCD peut y contribuer. Certes, l’étude réalisée n’est pas exhaustive car elle ne tient pas compte de l’ensemble des écoles participantes mais bien d’une proportion que l’on souhaite représentative. Cependant, son but visant à mettre en lumière une tendance est atteint. Il ne reste qu’à espérer que les modifications suggérées soient appliquées, qu’elles soient efficientes et que les choix politiques ne remettent pas en question un dispositif suivi et apprécié par la majeure partie des écoles lyonnaises qui renouvellent chaque année leur demande.

Damien NEANNE Étudiant en Master 2 Administration des Établissements Éducatifs Université Lyon 2

Notes

[1] Recrute et forme les assistants techniques des BCD

[2] Un prolongement de ces actions sur une année supplémentaire voire deux est possible pour les étudiants

[3] Après une période d’expérimentation de 6 ans

[4] Une étude est menée tous les ans par le SIMEF via des questionnaires sur des aspects plus quantitatifs


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